Théorique
avec mesure
et pratique
sans démesure

KIOM DA KOBOLDOJ MI ŜULDAS ?

Saint-Brieuc, avril 2010

C’était une question courante lors du congrès de l’association SAT-amikaro (Les Amis de SAT) qui a  rassemblé à Hillion (Côtes-d’Armor) du 3 au 6 avril 2010 plus de 200 espérantistes venus de France, de Belgique, d’Allemagne, d’Italie, de Roumanie et de Russie.

Prononcez chaque lettre  :« ki-o-m da ko-bol-doye mi choul-dass ? », ce qui signifie « combien de korrigans, je te dois ? ».

Mon intention n’est nullement de proposer un cours d’espéranto [1], mais de témoigner d’une expérience où nous avons réussi à conjuguer nos idées de fond avec l’organisation d’un rassemblement, ce qui se pratique de plus en plus dans des festivals alternatifs, mais encore trop peu dans des associations qualifiées de progressistes.

SAT-amikaro est une association internationale implantée dans les pays francophones. Elle et d’autres associations similaires (de langue anglaise, coréenne, japonaise, italienne, allemande, espagnole, etc.) ont pour but de diffuser la langue espérantiste dans le monde ouvrier et de faire connaître son association mère SAT (Sennacieca asocio tutmonda =  association mondiale a-nationale). Celle-ci rassemble des espérantistes du monde entier qui échangent dans leur langue commune grâce à Internet, à une revue et à un congrès annuel leurs points de vue sur leur vie, leurs cultures, leurs visions du monde.

Chaque année, SAT-amikaro sollicite un groupe local (Gironde, Ile-de-France, Hautes-Pyrénées, Côtes-d’Armor, et bientôt Languedoc-Roussillon puis Suisse) pour organiser son congrès. Le thème d’actualité est choisi en commun, et les modalités sont arrêtées par le comité d’organisation local. Cette année, ce congrès se déroulait donc en Bretagne, avec comme thème principal « Comment nous nous battons contre les crises ? » (Ni krizkontraŭu).

Nous avons rapidement décidé de l’ouvrir largement au public de l’agglomération de Saint-Brieuc et du département, en proposant plusieurs animations gratuites et en sollicitant des financements de la ville, de l’agglomération, du conseil général et du conseil régional. La ville de Saint-Brieuc a décliné notre demande, mais les autres collectivités nous ont soutenus.

Cet apport nous a permis de concrétiser notre souhait : des séances de découverte du breton et de l’espéranto puis un fest-noz d’accueil pour illustrer l’importance des échanges culturels; une séance de film-débat avec l’association Les Amis de Louis Guilloux sur la vie de cet écrivain, qui n’a cessé de décrire la vie des ouvriers briochins au XXe  siècle ; une conférence-débat sur la bataille de l’eau en Bretagne et en Italie avec l’association Eaux et rivières de Bretagne et une amie espérantiste italienne.

Outre ces séquences en français, deux soirées culturelles en espéranto ont déplacé un public extérieur aux congressistes : Lino, un guitariste talentueux, nous a fait vibrer ; un chœur inter-régional a interprété plusieurs poèmes espérantisés du Canto General de Pablo Neruda et Mikis Theodorakis ; Gijomo, auteur-compositeur et pianiste, a emporté un vif succès ; et un groupe de Vannes a présenté une comédie musicale de sa composition La atendejo (La salle d’attente).

Au cœur des crises économiques, financières, environnementales, nous avons animé un débat de haut niveau en espéranto sur des pistes de sortie entre une réorientation de notre monde et une rupture vers d’autres paradigmes. Vu des abeilles, une apicultrice a présenté son approche sur leur actuelle hécatombe.

Au-delà de ces séquences structurantes du congrès, nous avons tenu à ce que l’organisation matérielle reflète la thématique. Une de nos fiertés a été de proposer une buvette et surtout un millier de repas en restauration à l’aide de produits issus de l’agriculture biologique. Un important bénévolat a permis de conserver des tarifs acceptables pour les congressistes tout en fournissant une grande qualité des produits.

Nous avons aussi voulu associer les habitants de la commune d’Hillion, dont la notoriété récente pâtit sévèrement d’une invasion estivale d’algues vertes sur son littoral. Nous avons ainsi décidé de nous doter d’une monnaie du congrès, le koboldo (korrigan en espéranto), que les congressistes pouvaient utiliser à la buvette du congrès et dans les trois bars du bourg d’Hillion. Les cafetiers avaient accepté de jouer notre jeu en recevant pendant trois jours cette monnaie locale et éphémère. Leurs clients habituels ont ainsi pu entendre notre langue de communication universelle et découvrir son efficacité. L’un des restaurateurs a même présenté durant le congrès son ardoise extérieure en espéranto et envisage d’apprendre la langue pour proposer son menu en français, en breton et en espéranto !

Les élus de la commune, d’abord méfiants et réticents, ont, au fur et à mesure de la préparation, compris nos intentions et nous ont gratifiés de discours élogieux en faisant le lien avec leurs propres idées et actions de changement dans une commune qui vient de quitter ses anciens élus majoritaires de droite.

Guy Martin


Les notes
  1. au besoin, visitez  www.sat-amikaro.org ou http://www.lernu.net/ []

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