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fiche Nicholas Georgescu-Roegen

Nicholas Georgescu-Roegen (Constanţa, Roumanie, 04/02/1906 – Nashville, Tennessee, USA, 30/10/1994)

Biographie

Nicholas Georgescu-Roegen naît d’une mère enseignante et d’un père officier dans l’armée. Il étudie d’abort mathématiques à l’université de Bucarest et en suite statistiques à l’Université Sorbonne de Paris dont il sort docteur en statistique en 1930. Soutenant que les phénomènes sociaux ne pouvaient être décrits par la statistique classique, il part ainsi à Londre pour travailler avec Karl Pearson, fondateur des statistiques modernes et ensuite à Harvard en 1934, où il commence travailler avec l’économiste Joseph Schumpeter. A sa rentrée en Roumanie, il couvre de nombreux postes dans la fonction publique roumaine et notamment ce de professeur de statistiques à l’Université de Bucarest. En 1948, il échappe du régime communiste roumain et il se réfugie aux Etats-Unis où il enseigne jusqu’à sa retraite à l’Université Vanderbilt, Nashville, USA. Néanmoins, il a la possibilité d’enseigner et d’étudier temporairement à Genève en 1974 et à Strasbourg etre 1977-1978, permettant de diffuser sa pensée en France et en Suisse.

Sa pensée et l’évolution de sa pensée

La contribution scientifique, peut-être, plus importante de Nicholas Georgescu-Roegen, pour la Décroissance, est l’introduction en économie du concept physique d’entropie originalement appliqué en thermodynamique. Appliquée à l’économie, la loi de l’entropie annonce la dégradation inéluctable, suite à leur usage, des ressources naturelles utiles à l’humanité, en ouvrant un pont entre sciences économiques, sciences biologiques et sciences physiques. « La thermodynamique et la biologie sont les flambeaux indispensables pour éclairer le processus économique (…) la thermodynamique parce qu’elle nous démontre que les ressources naturelles s’épuisent irrévocablement, la biologie parce qu’elle nous révèle la vraie nature du processus économique (…)[car] le processus économique n’est qu’une extension de l’évolution biologique » (The Entropy law and the Economic Process, 1971)

Cette jonction fait naître un ensemble de nouvelles théories économiques qui peuvent être regroupées sous l’étiquette de bio-économie. Ces théories mettent en évidence, d’abord, l’impossibilité de résoudre les problèmes environnementaux par le seul progrès scientifique et technologique, en montrant l’impossibilité de remplacer les ressources naturelles par de la technologie, contre les théories économiques classiques qui assument la possibilité de substitution complète des facteurs de productions.

Deuxièment, ces théories bioéconomiques mettent en lumière la contradiction existante entre la loi de l’entropie et une croissance économique matérielle sans limites. Etant donnée la quantité limitée des ressources naturelles sur la planète Terre et la dégradation inéluctable, suite à leur usage, des ressources naturelles, il y aurait de moins en moins de ressources naturelles suffisamment préservées de la dégradation pour être utilisées dans la production de biens et services. En plus, le recyclage de ressources naturelles ne permettrait pas de les repristiner complètement dans leur état d’origine mais il réduirait simplement le rythme de leur dégradation. Ainsi, à l’épuisement de ces ressources naturelles, la croissance économique s’effondrait drastiquement en parallèle avec l’effondrement de la civilisation.

En s’appuyant sur ces théories, Nicholas Georgescu-Roegen appelle en conséquence:

  • à une décroissance économique pour ralentir la dégradation des ressources naturelles (comme la réduction de la production des voitures)
  • à une reconversion économique pour privilégier l’utilisation des ressources naturelles renouvelables à la place des ressources naturelles fossiles (comme le remplacement de l’agricolture intensive de pesticide et insecticides par l’agriculture biologique)
  • à un soumission de l’économie aux impératifs sociaux pour rendre l’activité économique un moyen pour la recherche de la joie de vivre, et pas une fin en soi

Nicholas Georgescu-Roegen se déclarait toutefois pessimiste sur la possibilité d’initier ces 3 changements sans qu’il s’y ait des conflits sociaux pour changer les rapports de force entre les différents intérêts des diverses groupes sociaux, car il était convaincu que l’espèce humaine est caractérisée par l’existence d’un conflit social irréductible.

Références principales

* 1966, Analytical economics. Issues and Problems. Cambridge, Harvard University Press. La Science économique : ses problèmes et ses difficultés, par N. Georgescu-Roegen, … Traduit par Mme F. Rostand, … Préface de P. Samuelson, … Préface de H. Guitton, … – Paris, Dunod, 1970. 23 cm, XV-300 p. (Collection du centre d’économétrie de la faculté de droit et des sciences économiques de Paris, association Cournot, dirigée par Henri Guitton.)

* 1971, The Entropy Law and the Economic Process. Traduction du chapitre 1 en français dans La décroissance – Entropie – Écologie – Économie, éd. 2006, ch. I, p.63-84.

* 1975. « Energy and Economic Myths », in The Southern Economic Journal, 1975, XLI, 3, p.347-381. Traduction française dans La Décroissance, éd. 2006, ch. II, p. 85-166.

* 1977. « The Steady Sate and Ecological Salvation: A Thermodynamic Analysis », in BioScience, avril 1977, vol. 27, no4, p.266-270. Traduction française dans La Décroissance, éd. 2006, ch. II, p. 167-190.

* 1979. Demain la décroissance. Entropie, écologie, économie. Traduction, présentation et annotation Jacques Grinevald et Ivo Rens. Lausanne, Pierre-Marcel Favre, 1979. 21 cm, 157 p. [La décroissance. Entropie, écologie, économie. 2e édition revue et augmentée. Traduit et présenté par Jacques Grinevald et Ivo Rens. Paris, Sang de la Terre, 1995. 21 cm, 220 p. ; 3e édition revue. Paris, Sang de la Terre et Ellébore, 2006. 22,5 cm, 304 p.] texte disponible en ligne: http://intersiderale.collectifs.net/IMG/pdf/la_decroissance.pdf

http://classiques.uqac.ca/contemporains/georgescu_roegen_nicolas/decroissance/decroissance.html

* 1983. La Loi de l’Entropie et l’évolution économique », Congrès des Économistes de Langue française, Strasbourg, 7 juin 1983.

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